Le flexitarisme : qu’est-ce que c’est ?

La World Population Prospects estime qu’en 2050, nous pourrions être environ 10 milliards d’êtres humains sur la planète. C’est un chiffre suffisamment grand pour donner le tournis, imaginez 10 millions d’euros sur votre compte en banque, voilà le vertige dont je parle. Cela pose donc une réelle question de gestion des ressources, un problème également décrit dans le rapport GIEC[i] de 2019. Ce rapport incite à la nécessaire végétalisation de notre alimentation, à la lutte contre le gaspillage alimentaire et le recours accru à l’agriculture biologique. D’accord, mais le flexitarisme dans tout ça ?


Qu’est-ce que le flexitarisme ?

La préoccupation pour l’environnement et la traçabilité de la nourriture est un phénomène qui s’est très largement amplifié, ces dernières années. Notamment à la suite des nombres scandales, comme le scandale de la vache folle dans les années 90 ou plus récemment le scandale de la viande de cheval, pour n’en citer que quelques-uns.

De plus en plus de groupes à mouvance écologique ont également vu le jour, mais aussi les études se multiplient pour démontrer l’impact de l’activité humaine sur l’environnement et sur la vie humaine. Il a été notamment démontré que l’élevage intensif conduit à une production importante de gaz à effet de serre, accélérant, entre autres le réchauffement climatique et donc la destruction de nombreux écosystèmes. De même Mark Bittman[ii], auteur et chroniqueur culinaire pour The New York Times, en 2007 dans une conférence intitulée « What's wrong with what we eat ? », prône la réduction de la consommation de viande et de produits transformés pour diminuer l’impact de nos habitudes alimentaires sur l'environnement et la santé. De récentes études ont également mis en évidence que la consommation excessive de viandes (rouges principalement) entraînerait plus de probabilités d’apparition de certaines pathologies (diabète, maladies cardio-vasculaires, hypercholestérolémie, …), renforçant ainsi son discours.

Selon Mark Bittman, le flexitarisme vise à consommer moins de viande, idée qu’il prône depuis les années 90. Il reste, toutefois, différent du végétarisme ou du végétalisme, car il autorise la consommation de viande et de poisson de manière occasionnelle (quelque fois par semaine ou par mois par exemple). Le terme flexitarisme n’est arrivé qu’un peu plus tard grâce à la nutritionniste américaine Dawn Jackson Blatner qui bien que végétarienne consommait quelquefois par an de la viande et ne trouvait pas de terme approprié.


Être flexitariens, c’est ?

Être flexitarien, c’est donc être, avant tout, « flexible » : mettre ainsi l’accent sur l’alimentation végétarienne, tout en s’autorisant à ajouter des portions de viandes de temps en temps. Pourtant, quand on consulte les sites spécialisés en alimentation flexitarienne, on se rend vite compte que le flexitarisme ne se limite pas qu’à ça.

En effet, si à première vue cela semble ne se tenir qu’à limiter sa consommation de viande en réalité, il s’agit aussi de s’orienter vers une alimentation plus qualitative que quantitative. Ainsi le flexitarien est surtout un consommateur responsable qui privilégie la qualité, l’origine, l’environnement et le végétal dans une approche gourmande de la gastronomie.


Les avantages et les inconvénients du flexitarisme

Contrairement à d’autres « régimes » qui peuvent présenter un risque de carences, le flexitarisme peut être adopté par tout le monde, puisqu’il ne semble pas imposer de restrictions. Néanmoins, comme la part de protéines animales diminue, il reste conseillé de consulter votre médecin avant tout changement ou si vous avez une quelconque maladie. Pour éviter toute carence ou une quelque dénutrition, il faudra cependant être attentif à composer intelligemment les repas et de compenser le manque de protéines, votre diététicienne sera votre meilleur atout.

Tout n’est pas si beau dans le tableau, puisqu’être flexitarien présente quand même quelques inconvénients.

D’abord, la notion du temps ;


1. Il demande d’adopter une organisation solide ; que ce soit pour établir des menus avec des recettes variées en goût, mais aussi répondant aux besoins nutritionnels de toute la famille.


2. Il demande aussi de passer du temps en cuisine (le batch cooking, est une méthode qui permet de préparer les repas de la semaine sur quelques heures. Cette méthode peut vous faire gagner du temps).


3. Il demande du temps dans la sélection des produits lors des courses et/ou de se déplacer dans différents endroits.


Ensuite, le coût ; le fait de choisir des produits de qualité peut faire augmenter le budget. Mais cette hypothèse reste néanmoins à démontrer vu que la quantité consommée est moins importante.

Bonnes nouvelles pour les plus pressés d’entre nous, des enseignes commerciales ont pris la vague et sont capables de vous proposer des plats en accord avec la philosophie flexitarienne. Attention, toutefois, à votre budget qui peut en pâtir.


Les principales bases du flexitarisme

Concrètement, être flexitarien, c’est avoir pour principes de base :


1. Manger principalement végétarien : (des fruits, des légumes, des légumineuses, des céréales complètes) le nombre de plats végétariens par semaine est plus grand que le nombre de plats contenant de la viande ou du poisson.


2. Les plats avec viande/poisson peuvent être pris à l’extérieur si cela est plus simple (restaurant, repas de famille, fêtes et occasions spéciales).


3. On se met à la cuisine et on pense à ajouter des épices pour relever le goût des aliments.


4. On privilégie le bio, le local et les légumes et les fruits de saison.


5. Pour éviter les carences, on chercher à combiner intelligemment les protéines avec les glucides et les lipides.


6. On évite le plus possible les produits transformés et ultra-transformés (boulettes de viande, les pâtisseries et gâteaux industriels, les sodas, les bonbons, la restauration rapide, …).


Les flexitariens mettent davantage l’accent sur les protéines végétales qu’animales. Les fréquences varient donc en fonction de votre métabolisme et de vos besoins énergétiques et nutritionnels journaliers. Votre diététicienne peut vous aider à déterminer au mieux vos besoins. Voici des exemples de fréquences :


1. Viande rouge : 1 fois /semaine.


2. Viande blanche, poisson/crustacés : 1 à 2 fois/semaine.


3. Œufs : plusieurs fois/semaine.


4. Produits laitiers et/ou substituts d’origine végétale : 1 à 2 fois /jour.


5. Fruits : 2 à 3 fois /jour.


6. Légumes : 2 à 3 fois /jour.


7. Fruits à coque et graines : 1 à 2 fois /jour.


8. Céréales et légumineuses : 2 à 3 fois /jour.


Les protéines animales peuvent être remplacées par les protéines végétales comme : le soja, le tofu, le tempeh, le seitan, les légumineuses, les lentilles, les algues alimentaires…

Les lipides à privilégier sont par exemple : l’avocat, l’huile d’olive, la noix de coco, l’huile de caméline, l’huile de lin, les fruits à coques, les graines (graines de lin, les graines de chia, les graines de tournesol, les olives.

Ils existent pleins de variétés de céréales et de légumineuses à découvrir ou redécouvrir comme : le riz, les pâtes (de blé, de maïs, de riz, de châtaigne, à la spiruline, …), le quinoa, l’avoine, le maïs, le sarrasin, l’orge, le teff, le chanvre, le sarrasin, le farro, les haricots rouges, les haricots blancs, les pois chiches, les pois cassés, les lentilles.

Enfin, le flexitarien est un gourmet. Il utilise donc aussi des herbes, des épices et des assaisonnements : basilic, origan, menthe, thym, cumin, curcuma, gingembre, curry... Il utilise aussi des condiments comme de la sauce soja réduite en sel, le vinaigre de cidre de pomme, de la moutarde, …

Le régime flexitarien privilégie les aliments frais toutefois les solutions rapides comme les légumes surgelés natures ou le thon en boîte peuvent être utilisés de façon occasionnelle.

A retenir, lors de la sélection des produits carnés :


1. Œufs : choisir des œufs issus d’un élevage en plein air ou en pâturage.


2. Viande blanche : choisir des viandes issues de l’agriculture biologique, d’élevage en plein air ou en pâturage.


3. Viande rouge : choisir des viandes issues de l’agriculture biologique, d’élevage en plein air, alimenté à l’herbe ou en pâturage.


4. Poisson/crustacés : choisir des variétés péchées à l’état sauvage.


5. Produits laitiers : choisir des produits issus de l’agriculture biologique, d’élevage en plein air, alimenté à l’herbe ou en pâturage.


Tout ceci semble contraignant, mais pour que ce mode d’alimentation perdure, il reste important d’aimer ce que vous mangez : être flexitarien ne signifie pas que l’on doive renoncer au plaisir de manger, ni renoncer au plaisir de manger les aliments qui vous font plaisir. Au contraire, cela peut même être une redécouverte de vos goûts, de votre plaisir à cuisiner de bons produits et du plaisir de partager de la bonne chaire autour d’une belle tablée.


[i] Groupe International d’Experts sur l’Evolution du Climat [ii] Mark Bittman a également écrit des ouvrages sur le flexitarisme, le végétarisme, (etc.) des livres de cuisine

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